À propos

Illustration créée par dharma blues sur la base d’une gravure sur bois anonyme trouvée pour la première fois dans le livre « L’atmosphère : météorologie populaire », publié en 1888 par l’astronome français Camille Flammarion.

Avant tout, il y a le nom d’un site...

Ce qu’est dharma blues en deux mots…

dharma

Terme polymorphe signifiant « ordre universel cosmique » ou « lois naturelles » dans son acception hindouiste. Dans le bouddhisme, il signifie l’enseignement de Bouddha (Bouddhadharma) sur le fonctionnement du monde et de l’esprit, sur l’action juste dans le ce qui doit être.

blues

Gravitant autour de la mélancolie, de la tristesse, voire d’idées noires — sentiments empruntés au genre musical né dans les communautés afro-américaines — le blues témoigne ici des difficultés rencontrées dans la pratique ou l’application du dharma.

Les propos et buts...

Un cynisme ambiant édulcore l’enchantement de l’univers. Trois avenues sont abordées afin de tenter de comprendre ce climat :

Sur le phénomène de la conscience

Les préoccupations philosophiques de l’heure témoignent d’une vive polémique quant à la source du phénomène de la conscience. Aux deux extrémités de la gamme des écoles de pensée se confrontent, en essence, ces deux philosophies :

  • L’idéalisme où il est affirmé que la réalité est issue uniquement de l’esprit, rejetant toute forme de physicalisme et de dualisme. C’est le concept de la transcendance qui domine la matière.
  • Le physicalisme ou le matérialisme où, en essence, votre vous intime n’est rien d’autre que le produit d’un circuit électrique sophistiqué, d’un robot humide 1 — expression crue s’il en est, mais certes au plus près de cette approche par laquelle la matière constitue la seule réalité existante.

Pour l’heure, philosophes, académies et universités notoires privilégient l’approche réductionniste ou matérialiste et ce, dans une large mesure.

L’étonnante hypothèse est que « vous », vos joies et vos peines, vos souvenirs et vos ambitions, votre sens de l’identité personnelle et du libre arbitre, ne sont en fait que le comportement d’un vaste ensemble de cellules nerveuses et de leurs molécules associées. Comme Lewis Carroll l’aurait formulé dans Alice [au pays des merveilles] : « Vous n’êtes rien de plus qu’un paquet de neurones. »

Francis Crick 2

Tenir un discours alternatif vous mérite l’opprobre, l’anathème et le pilori, comme peut en témoigner l’éminent philosophe Thomas Nagel, suite à la publication de son livre « Mind and Cosmos: Why the Materialist Neo-Darwinian Conception of Nature is Almost Certainly False » 3 (Esprit et cosmos : pourquoi la conception de la nature dans le matérialisme néo-darwiniste est presque certainement fausse). À cet effet, le journal britannique The Guardian titrait « The Most Despised Science Book of 2012 is … worth reading » (Le livre de science le plus méprisé de 2012 … mérite une lecture).

Avec les sérieuses avancées scientifiques amorcées depuis le 20e siècle, la philosophie éthique de Lao Tseu, l’âme dans la métaphysique platonicienne, l’idéalisme transcendantal de Kant ou le panthéisme spinoziste, deviennent du coup des approches du réel à réexaminer.

En 1997, le paléontologue américain Stephen Jay Gould avait avancé le principe du non-recouvrement des magistères (Non-Overlapping Magisteria) par lequel est édicté que les domaines de la science et de la religion ont chacun « un magistère légitime ou domaine d’autorité » et que ces deux domaines ne peuvent se chevaucher. Ce principe de non-recouvrement des magistères avait fustigé à la fois la communauté scientifique et les fondamentalistes religieux.

Ce ne sont pas les progrès scientifiques qui sont ici pointés du doigt mais plutôt l’opinion de certains de leurs acteurs quant à la place qu’occupe le domaine scientifique dans les affaires du monde.

Des affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires

Carl Sagan 4

Sur l’introspection et le regard intérieur

Les approches philosophiques et scientifiques abordées précédemment procèdent essentiellement par l’observation objective et le raisonnement.

Quand nous avons dépassé les savoirs,
Alors nous avons la connaissance.
La raison fut une aide ;
La raison est l’entrave.

Aurobindo Ghose 5

Simplicité, minimalisme et notion de vide

Une tendance amorcée depuis quelques décennies dans le domaine du design pointe vers l’épuration et le minimalisme des formes. « Less is more » disait l’architecte germano-américain Ludwig Mies van der Rohe qui, avec les Buckminster Fuller, Dieter Rams (Braun), ou plus récemment Jonathan Ives et Marc Newson (Apple), ont souligné cette tendance. Ce concept d’épuration, d’élimination du redondant, trouve son origine dans la culture japonaise, notamment dans sa philosophie Zen. Il n’est pas que valeur esthétique — il traduit aussi des idées de liberté et dégage une perception morale s’appuyant sur la nature de la vérité en révèlant l’essence intrinsèque des matériaux et objets.

Il est peine perdue de chercher à supprimer notre flot de pensées. Il y a une disposition intérieure, innée en chacun de nous, qui permet plutôt de se détacher de ce flot tout en lui laissant libre cours. C’est en cela que « Less is more ». Et poussée plus à fond, une démarche d’introspection mènera au constat que non seulement cette simplification d’être mène à des bienfaits mais qu’elle permet de réaliser qu’une certaine qualité de vide intérieur est la base, au final, de sa nature d’être. Et une particularité récurrente du taoïsme, de l’hindouisme ou du bouddhisme est justement ce concept du vide, connu sous le terme de Śūnyatā en sanskrit.

Śūnyatā désigne aussi la non-substantialité ou la vacuité des êtres et des choses et l’une des premières articulations détaillées de ce concept revient au philosophe et écrivain bouddhiste Nāgārjuna, originaire du sud de l’Inde. Nāgārjuna a exposé l’idée que « ni l’existence, ni la non-existence » exprime la vraie nature de toutes choses.

Cette idée a priori impénétrable trouve écho dans la physique moderne, où la notion de vide quantique ne correspondrait pas à un vide absolu mais plutôt à une mer de particules éphémères qui apparaissent et disparaissent promptement. Sans tomber dans le crypto-mystico-religieux de la physique quantique, c’est tout de même remarquablement similaire aux idées de Nāgārjuna qui vécut du deuxième au troisième siècle de notre ère ou, plus avant, à la révélation intuitive de Gautama Siddhardat (Bouddha).

Lao Tseu disait :

Sans franchir sa porte
on connaît l’univers.
Sans regarder par sa fenêtre
on aperçoit la voie du ciel.

Plus on va loin,
moins on connaît.

Le saint connaît sans voyager,
comprend sans regarder,
accomplit sans agir.

Tao Tö King (Tao Te Ching), XLVII 6

À l’opposé des recherches scientifiques, la voie intérieure est à la portée de tous — nul besoin d’accélérateur de particules.

Voilà pourquoi ces écoles de pensée, ces philosophies issues des lumières de l’Orient sont en parfaite adéquation avec notre ici et maintenant et qu’elles participent au premier degré à l’espace qui lui est consacré chez dharma blues.

Sur les artéfacts culturels et technologiques

Le professeur Risto Hilpinen 7, spécialisé dans la philosophie des sciences, a résumé de façon succincte un artéfact de la façon suivante :

Un objet est un artéfact si et seulement si un auteur lui est attribué.

Cette définition rend compte du sens large porté aux artéfacts culturels trouvés ici, via les menus de dharma blues.

Beaucoup d’artéfacts sont en lien avec le concept de beauté qui, dans les sphères philosophiques, a souvent engendré des points de vue discordants quant à sa signification. Est-ce que la beauté est une donnée subjective ou objective ? Dans son traité de La vraie religion (De vera religione) publié en 390, juste avant qu’il ne devienne prêtre, Saint Augustin (354-430) demande explicitement si les choses sont belles parce qu’elles donnent du plaisir, ou si elles donnent du plaisir parce qu’elles sont belles. Et c’est avec conviction qu’il opte pour la deuxième voie. En opposition, le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804) admettra dans sa troisième Critique sur le jugement esthétique, que le goût est fondamentalement subjectif, que tout jugement de la beauté est basé sur une expérience personnelle, et que ces jugements varient d’une personne à l’autre.

Bien que certaines règles mécaniques enchâssent des notions valables de beauté comme celles du nombre d’or, de la polarité des couleurs de Goethe ou des procédés mathématiques utilisés par Bach dans ses fugues, tout cela n’en demeure pas moins très éloigné de l’appréciation subjective d’une oeuvre. On pourra bien superposer un quadrillé sur une oeuvre ou implanter des électrodes dans le cerveau de son contemplateur, la notion de beauté reste furtive.

Notes

  1. Moist robot dans les mots du philosophe américain Daniel Dennett.
  2. Francis Crick, The Astonishing hypothesis: the scientific search for the soul, Touchstone, 1997, 384 pages (ISBN-10: 0671712950, ISBN-13: 978-0671712952)
  3. Thomas Nagel, Mind and Cosmos: Why the Materialist Neo-Darwinian Conception of Nature Is Almost Certainly False, Oxford University Press, 2012, 144 pages (ISBN-10: 0199919755, ISBN-13: 978-0199919758)
  4. Formule popularisée par Carl Sagan (1934-1996) dans sa série Cosmos dont l’origine provient du professeur de sociologie Marcello Truzzi (1935-2003), laquelle aurait pour source le Principe de Laplace qui affirme que « le poids des preuves doit être proportionné à l’étrangeté des faits ». Ce principe avancé par le médecin psychologue suisse Théodore Flournoy (1854-1920) dans son ouvrage « Des Indes à la planète Mars : étude sur un cas de somnambulisme avec glossolalie » (1899) avait pour assise l’ouvrage de Pierre-Simon de Laplace intitulé « Essai philosophique sur les probabilités », publié en 1814.
  5. Ce texte est extrait du poème « Le but » (The Goal) paru en 1915 dans « Aphorismes » (Aphorisms) et regroupé plus tard dans le fascicule intitulé « Aperçus et Pensées » (Thoughts and Glimpses) de Sri Aurobindo (1872-1950) — nationaliste indien, philosophe, yogi, gourou et poète. A également été mis en musique dans la chanson Aphorismes de Georges Moustaki (1934-2013).
  6. Composée par George Harrison en 1968, la chanson Inner Light a été écrite en empruntant les mots du chapitre 47 du Tao Tö King.
  7. Hilpinen, Risto, Authors and Artifacts, Proceedings of the Aristotelian Society, 1993